Valoriser la formation professionnelle, c’est créer de l’emploi

A l’image de ce qui se passe dans le monde et en Afrique en particulier, le Sénégal fait face à l’épineuse question de l’emploi des milliers de jeunes qui courent inlassablement derrière une insertion. Quoi de plus normal pour ces derniers de trouver un emploi après plusieurs années d’études et de sacrifices ! Seulement, la réalité est tout autre. Il va falloir s’adapter au tout nouveau paradigme qui veuille que la demande du marché commande l’offre pour ne pas dire la formation.

Encore faudrait-il que les jeunes soient orientés à mieux comprendre et prendre en compte les enjeux actuels pour choisir une filière afin d’espérer répondre au besoin du marché de l’emploi. Il le faut. Le fond de la question réside dans l’orientation, le choix de la formation pour une insertion future. Il est bon sous ce postula de savoir si le système en place répond à une telle exigence du marché ? Cette question ne devrait pas se poser pour d’aucuns si l’on considère que nous sommes dans un système global avec comme dominante l’enseignement général. Quid, de la lancinante question de l’emploi qui mérite un traitement de choc. En atteste la prise de conscience des pouvoirs publics qui mettent de plus en plus l’accent et l’orientation sur le développement de l’enseignement scientifique et la Formation professionnelle et technique.

Jusque-là l’enseignement technique et la formation professionnelle ont été relégués au second plan. D’ailleurs, il faut le rappeler pour s’en convaincre. La pertinence de cette école a été dénaturée par des stéréotypes dé-constructifs. Si certains les considèrent comme des écoles de seconde chance, c’est pour d’aucuns des leviers pour le développement des pays en développement tel que le nôtre. Alors l’enseignement technique et la formation professionnelle apparaissent comme étant des conditions pour: élever les compétences et les capacités de production des forces de travail nationales; participer à une meilleure structuration et à la redynamisation du secteur socio-économique; aider à résorber le fort taux de chômage; contribuer fortement au décollage et à l’émergence de notre pays; participer à l’amélioration du niveau général d’instruction et de culture, offrir davantage de chance aux groupes défavorisés de la population pour plus d’équité et de justice sociale. En cela, il faut reconnaitre que des efforts sont entrain d’être faits par le gouvernement en place, notamment dans le cadre de la mise en œuvre du Plan Sénégal Emergent (PSE), en son axe 2 ayant trait au renforcement du capital humain. C’est dire donc, que le chef de l’Etat en misant sur la formation de la ressource humaine a conscience qu’on ne peut parler d’émergence sans une ressource humaine de qualité et bien formée, pour améliorer le rendement au travail, gage d’une bonne croissance économique et d’une entreprise performante et compétitive.

Cependant, la mise en synergie des segments qui contribuent à l’atteinte de cet objectif ne semble pas être en phase ou n’est pas utilisé à bon escient. En ce sens que l’enseignement technique désigne des aspects du processus éducatif qui en plus d’une instruction générale impliquent l’étude des sciences connexes et l’acquisition des capacités pratiques, d’attitudes, de compréhension et des connaissances en rapport avec les professions de divers secteurs de la vie économique et sociale d’une part et d’autre part la formation professionnelle comme l’acquisition du savoir; donc de la connaissance, le savoir-faire (l’habileté) et le savoir-être qui est l’attitude nécessaire  à l’exercice d’un métier. Complémentairement à l’enseignement général, elle débouche à court terme sur une qualification professionnelle.

Dans cette logique, on est tenté de s’interroger sur l’importance accordée à une structure telle que l’Office national de Formation professionnelle, qui est la référence en matière de formation professionnelle au Sénégal. Cette structure qui est un démembrement du ministère de la Formation professionnelle, de l’Apprentissage et de l’Artisanat apparaît comme un bras technique de l’Etat en la matière. Mieux, un fonds de financement de la formation professionnelle et technique (3FPT) a été institué depuis 2014 pour répondre aux questions de financement de la formation professionnelle. C’est dire qu’un dispositif est existant et il est impérieux voire nécessaire de l’huiler pour plus d’efficacité et de rationalité. En cela, l’Etat doit jouer également son rôle afin que chaque structure puisse jouer pleinement sa partition pour régler la question de l’emploi. Car régler la question de l’emploi, suppose agir sur la formation professionnelle qui est commandée par les besoins de l’employeur.

Le Directeur de l’ONFP Sanoussi DIAKITE, expert en formation et insertion professionnelle laissait entendre dans une de ses communications que la productivité du travail a été analysée par le chef de l’Etat dans le premier tome de son ouvrage conviction républicaine. Il expliquait alors que la productivité dépend essentiellement de la formation et de la qualification professionnelle, agir sur la formation professionnelle, c’est agir sur la productivité du travail, donc la croissance. L’ONFP apparait donc comme un organe, un outil pour contribuer à la résolution de la question de l’employabilité des milliers de jeunes sénégalais en quête d’un emploi décent. Pour permettre à cette institution de faire correctement son travail et accompagner l’action gouvernementale, l’Etat doit veiller au respect du reversement de la contribution forfaitaire à la charge de l’employeur (CFCE). Cela va permettre à une telle structure de répondre favorablement aux préoccupations des demandeurs d’emploi, entreprises et autres en matière de qualification professionnelle, mise à niveau, etc.

 

Par Moussa Seydou DIALLO

 Journaliste/ Auteur

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