Insertion professionnelle des jeunes : entre espoirs et réalités...
Obtenir un diplôme est souvent perçu comme la clé de l’insertion professionnelle. Pourtant, pour de nombreux jeunes diplômés, l’accès à un stage ou à un premier emploi demeure un véritable parcours du combattant. Entre manque d’expérience, rareté des opportunités et forte concurrence sur le marché du travail, les obstacles restent nombreux.
Pour mieux appréhender cette situation, Dakaractu est allé à la rencontre de quelques jeunes diplômés confrontés aux difficultés d’insertion professionnelle, ainsi que de la directrice de l’ingénierie des opérations de formation à l’ONFP, afin de mieux comprendre les défis liés à l’emploi des jeunes et les dispositifs mis en place pour leur accompagnement et leur insertion sur le marché du travail.
Des diplômés confrontés à la dure réalité du marché de l’emploi.
Diplômé en gestion des ressources humaines, Moussa Touré raconte les difficultés qu’il a rencontrées pour obtenir un stage. « J’ai commencé à en chercher après l’obtention de mon diplôme en 2025. Depuis, je n’ai rien trouvé de concret. Les expériences que j’ai pu avoir étaient de très courte durée, dans des cabinets partenaires de mon école. Peut-on vraiment appeler cela un stage ? Pour moi, il s’agissait plutôt de formations de courte durée organisées par mon établissement », dit-il.
Il poursuit en détaillant ses démarches : « Je ne suis pas resté les bras croisés. J’ai fait des recherches sur des entreprises, j’ai consulté leurs sites pour postuler en ligne, et j’ai également effectué des dépôts physiques dans certaines structures. Mais beaucoup exigent de l’expérience, oubliant que c’est justement à travers les stages que l’on acquiert cette expérience. » Face à cette situation, Moussa estime que les jeunes diplômés sont pris dans un cercle difficile à briser.
À la question de savoir ce qu’il pense de l’insertion professionnelle des jeunes, il répond sans détour : « C’est à l’État de renforcer les entreprises et de les accompagner afin de faciliter l’accès aux stages et à l’emploi. Il est difficile de payer sa formation, d’obtenir son diplôme, puis de se retrouver à travailler dans un domaine qui n’est pas le sien. L’État doit appuyer les entreprises pour permettre une meilleure insertion professionnelle des jeunes diplômés. »
Il ajoute également, avec un ton découragé, avoir dû s’adapter à une autre réalité : « Actuellement, j’accompagne mon frère, qui est architecte, sur certains chantiers et j’effectue différentes tâches avec lui », conclut-il.
Un parcours similaire pour d’autres jeunes diplômés
Même constat pour Jules Dautaire Biram Manga, diplômé en gestion des ressources humaines depuis décembre dernier, qui peine également à décrocher un stage.
« J’ai commencé mes recherches depuis janvier, mais il est très difficile de trouver un stage. J’ai consulté des sites, des chaînes WhatsApp et déposé des candidatures dans des mairies et des entreprises, sans résultat jusqu’à présent. En deuxième année de mon cursus universitaire, j’ai effectué un stage sur le logiciel Sage Paie RH, mais dans le cadre de l’école, à travers ses partenaires », explique-t-il.
Sur la question de l’insertion professionnelle des jeunes, il estime que la situation reste préoccupante. Selon lui, de nombreux jeunes diplômés peinent à accéder à un premier stage ou à un emploi en raison des exigences des entreprises, qui demandent souvent déjà de l’expérience. Une situation qu’il juge paradoxale, puisque cette expérience est censée être acquise justement à travers les stages.
« Pour des jeunes comme moi, qui n’ont pas forcément de ‘links’ ou de réseau, il devient difficile de trouver des opportunités adaptées à leur profil. On a été formés, on a la volonté de travailler et d’apprendre, mais on se retrouve bloqués par un manque d’expérience qu’on n’a pas eu l’occasion d’acquérir », ajoute-t-il.
Face à ces difficultés, il affirme avoir choisi de s’adapter.
« Je me suis dit qu’il fallait me former dans d’autres domaines afin d’être plus polyvalent, d’augmenter mes chances de trouver un emploi, mais aussi de renforcer mes compétences et d’acquérir de l’expérience utile pour mon futur métier en ressources humaines », dit-il.
C’est dans cette logique qu’il a suivi une formation en relation client afin de travailler dans les centres d’appels.
« Même si ce n’est pas directement mon domaine de base, j’y ai vu une opportunité d’apprendre et de développer des compétences comme la communication, l’écoute active, la gestion des situations difficiles et le contact avec les clients, qui peuvent aussi être utiles en ressources humaines. Grâce à cela, j’ai pu participer à des entretiens et avoir un premier contact avec le monde professionnel », ajoute-t-il.
Par ailleurs, il indique avoir obtenu un emploi à temps partiel en tant que volontaire communautaire au sein d’une ONG, où il participe à des missions d’enquêtes de terrain. Une expérience qui lui permet de renforcer ses compétences en communication et de continuer à acquérir de l’expérience professionnelle.
Malgré ces efforts, il estime que l’insertion professionnelle des jeunes reste difficile et que la réalité du marché du travail est loin des discours entendus sur les politiques d’emploi.
Le poids du réseau dans l’accès aux stages et à l’emploi
Une réalité également partagée par Abdoulaye Sow, jeune diplômé en communication digitale, titulaire d’une licence obtenue à l’Université Numérique Cheikh Hamidou Kane (ex Université Virtuelle du Sénégal), rencontré sur le terrain.
« Je suis diplômé depuis 2024 en communication digitale. Depuis la licence 1, je recherche activement un stage afin d’acquérir une expérience professionnelle dans mon domaine. J’ai postulé auprès de nombreuses entreprises, mais les opportunités sont rares et les retours souvent négatifs. Certaines propositions obtenues l’ont été grâce à des contacts ou à des recommandations d’amis. Même après des entretiens, il arrive souvent que les entreprises ne donnent pas suite », explique-t-il.
Il revient également en détail sur ses expériences professionnelles. « Lors de ma dernière année de licence, j’ai effectué un stage au sein de Soleils Média, une entreprise spécialisée dans la publicité, où j’occupais le poste de secrétaire. J’y assurais la rédaction de documents administratifs, le suivi de dossiers et diverses tâches de gestion. Cette expérience m’a permis de développer mes compétences en communication écrite, en organisation et en travail d’équipe. »
Après l’obtention de son diplôme, il indique être resté une année sans stage avant d’intégrer l’Aéroport International Blaise Diagne (AIBD), au sein du département Exploitation de LAS.
« Cette expérience m’a permis de mettre en pratique mes compétences et d’acquérir une expérience professionnelle enrichissante », ajoute-t-il.
Selon lui, la recherche de stage reste fortement influencée par le réseau. « La plupart des stages que j’ai obtenus l’ont été grâce à des contacts et des recommandations. Sans réseau, il est très difficile d’obtenir des opportunités, malgré les nombreuses candidatures déposées », souligne-t-il.
Il estime également que les diplômés font face à plusieurs obstacles, notamment le manque d’expérience, la faible disponibilité des offres et la forte concurrence sur le marché de l’emploi. Il appelle à renforcer les dispositifs d’accompagnement et à multiplier les opportunités de stages et de formations pratiques afin de faciliter l’insertion professionnelle.
L’ONFP, acteur clé de la formation et de l’insertion
Face aux difficultés d’insertion professionnelle exprimées par les jeunes diplômés rencontrés, les dispositifs d’accompagnement vers la formation et l’emploi apparaissent comme une réponse importante. C’est dans ce cadre que Dakaractu s’est intéressé à l’ONFP (Office national de formation professionnelle), structure publique chargée de la mise en œuvre de la politique nationale de formation et de l’appui à l’insertion des jeunes.
Nous nous sommes rendus au sein de l’institution où nous avons eu un entretien avec Madame Sokhna Dado Touré, Directrice de l’ingénierie des opérations de formation à l’ONFP.
Elle rappelle d’abord la mission principale de la structure.
« L’ONFP est un établissement public à caractère industriel et commercial, créé par la loi n°86-44 du 11 août 1986, en vue d’assister le gouvernement dans l’orientation et la mise en œuvre de sa politique de formation professionnelle initiale et continue », explique-t-elle.
Dans ses interventions, l’ONFP accorde une place importante aux jeunes. Chaque année, des milliers de bénéficiaires suivent des formations dans divers domaines permettant d’acquérir une qualification professionnelle ou de favoriser l’auto-emploi.
En 2025, l’institution a déployé sept programmes de formation dans les secteurs de l’agriculture et de l’agroalimentaire, du numérique, du BTP, de l’industrie, de la logistique, de l’hôtellerie-tourisme-
Concernant les conditions d’accès, la directrice précise :
« Toute personne peut déposer une demande de formation sans condition académique préalable stricte. Toutefois, selon les modules et le niveau visé, certaines exigences peuvent être requises. L’essentiel reste la pertinence du projet professionnel. »
Les demandes peuvent être individuelles ou collectives, portées par des groupements, associations, GIE ou entreprises. Les dossiers doivent comprendre une demande motivée, une pièce d’identité, un CV et éventuellement des diplômes ou attestations. Depuis peu, les inscriptions sont également digitalisées via la plateforme SIGOF.
L’ONFP intervient également dans le cadre de partenariats avec des structures publiques et privées, notamment pour accompagner des projets de l’État ou des programmes de responsabilité sociétale des entreprises.
Sur le plan des difficultés, la principale contrainte reste la faiblesse des ressources financières.
« La principale source de financement provient de la CFCE, dont seule une faible part est actuellement allouée à l’ONFP », explique Madame Touré.
Elle évoque également le besoin de renforcer le suivi de l’insertion des bénéficiaires ainsi que la reconnaissance des certifications délivrées.
Malgré ces défis, elle se montre optimiste. « Nous enregistrons de nombreux cas d’insertion, de reconversion réussie et de création de petites entreprises », affirme-t-elle.
Des évolutions mais des défis persistants
Depuis la nomination du nouveau Directeur général en 2024, plusieurs évolutions ont été enregistrées, notamment le renforcement des moyens financiers et humains, la digitalisation des procédures via la plateforme SIGOF, ainsi que l’élargissement des programmes et des partenariats à l’échelle nationale.
Enfin, la directrice reconnaît que la communication reste un défi. « Malgré les efforts en cours, nous devons encore renforcer notre visibilité auprès des jeunes », dit-elle, évoquant des campagnes de proximité, la semaine de l’ONFP dans les régions, les forums et une présence accrue sur les plateformes numériques.
Entre aspirations des jeunes diplômés et réponses des structures d’accompagnement, la question de l’insertion professionnelle demeure un enjeu majeur. Les témoignages recueillis montrent une réalité constante : malgré la motivation, les compétences acquises et la volonté de travailler, les jeunes restent confrontés à un marché du travail exigeant.
De son côté, l’ONFP multiplie les initiatives pour renforcer la formation et améliorer l’insertion.
Mais le défi central demeure celui de la construction de véritables passerelles entre formation et emploi, afin de transformer le diplôme en véritable levier d’insertion durable.
source:https://www.dakaractu.com/
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